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Oxmo-Puccino-roiC’était une évidence dès son premier album Opéra Puccino en 1998, le natif du Mali émigré à Paris XIX était sans nul doute le seul rappeur à avoir émergé à pouvoir « dépasser » le genre et surtout s’autoriser une carrière de longue durée. Ce sixième album, après une parenthèse jazz remarquée puis un retour aux fondamentaux en apporte une nouvelle preuve.
Totalement décomplexé de l’instrumental programmé comme du soutien groove / jazzy qui semble être la seule voie pour le rap organique (The Roots et la théorie de Français qui s’y sont essayés), Oxmo Puccino innove, empruntant à tous les styles rock, classique, simple guitare acoustique en arpège appuyée sur un violoncelle ou bien grand orchestre, revisitant la grande époque des arrangeurs qui enluminaient les compositions des Gainsbourg et autres chanteurs des sixties. Remontant plus loin encore, il retrouve la fibre vibrante des immenses auteurs de la chanson française traditionnelle (Pam-pa-nam).
Mais ce qui frappe et émerveille à chaque fois, outre cette richesse musicale étonnante, en plus de cette liberté totale de son flow qui va jusqu’au chant sans jamais sortir de sa route et se coule avec fluidité sur ses ruptures de rythme, et ses structures de chansons sophistiquée, c’est bien sûr cette poésie profonde. Cette langue, à la fois naturelle et savante qui use de mots rares mais sans jamais faire de démonstration oiseuse. Le duo érectile La Danse couchée avec Mai Lan, nouvelle chanteuse qui sort son propre premier album au même moment, est charmeur au possible.
Onze titres, une grosse demi-heure, à l’heure où le rap n’en finit plus de boursouflures mais aucune faiblesse, Roi sans carrosse est une pierre de plus à une discographie qu’on peut sans conteste qualifier plutôt d’œuvre. Avec de la légèreté dans Pas ce soir et une émotion intense dans son adresse aux pères au foyer Un an moins le quart qui convoque les serrements de cœur d’un ancien Enfant seul
Définitivement, Oxmo Puccino aura été à côté du rap, trop grand pour se conformer à ses carcans, trop original et créatif pour se laisser enfermer dans ses codes et ses clichés inhérents. L’homme est simplement une des fiertés encore trop méconnues (par les grands médias, le grand public?) de la scène française contemporaine. Un franc-tireur, un artiste. (Jean-Eric Perrin – music-story.com)

Disponible à la médiathèque:
Roi sans carrosse / musique de et paroles de et interprété par Oxmo Puccino. – France : Wagram Music, 2012.  – 31mn47s. – Cote: 1.5 OXM

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