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jean-louis-murat_babelÀ l’heure du dix-neuvième album en trente ans, la question n’est plus de savoir si Jean-Louis Murat rejoue le tour précédent ni même si celui-ci est meilleur ou non, puisque de toutes les façons, l’empreinte de l’Auvergnat dans l’inconscient est telle que chaque chanson – aussi différente soit-elle -, semble avoir été déjà écrite et entendue. C’est donc entre les lignes et les grilles d’accords qu’il faut traquer la nouveauté, une tâche rendue aisée par le fait que les vingt étapes du double Babel bénéficient de l’appui de The Delano Orchestra, un ensemble venu en voisin.
Et cela change tout. C’est désormais l’orchestre qui imprime sa marque à Babel. Agissant en groupe soudé par les années, le quintette clermontois donne un coup de fouet aux chansons poétiques de Murat, par le biais de guitares sonnantes, de trompettes claquantes ou lancinantes, de choeurs, de contrebasse, de flûte ou de violon. L’esprit country rock qui anime l’album s’enrichit selon les thèmes de fortes teintes jazz (« Chant soviet », « Mujade Ribe ») ou de folk (« J’ai fréquenté la beauté », « Qu’est-ce qu’au fond du coeur »). Ouvrant le bal, la fable paysanne « Chacun vendrait des grives » retentit pleinement de cette profusion instrumentale sur un tempo rock suspendu.
D’histoires locales, si réelles qu’elles en paraissent inventées, il est fortement question dans cette suite rurale, regardant « Dans la direction du Crest » (mille hectares de forêt meublés d’une trompette sourde et d’un banjo) ou suivant la trace, mélodieuse, de « La Chèvre alpestre ». « Vallée des Merveilles », « Neige et pluie au Sancy », « Le Jour se lève sur Chamanblanc », « Col de Diane » ou « Noyage au Chambon » procèdent de la démarche de l’auteur à vanter son Auvergne natale, prondément ancrée dans le corps de ses chansons depuis trois décennies, et plus ici que jamais, avant l’oeuvre conceptuelle totale. Ce n’est pas un hasard si ces évocations attirent et touchent davantage l’occiput et le coeur que le plus attendu « Les Ronces » (malgré la belle poésie qui en émane).
La fusion de ce country jazz et de l’écriture toujours ciselée s’affine dans une deuxième partie plus intime, ouvrant l’espace à une parole chuchotée, confidente. Sur un tempo ralenti, Murat et sa bande offrent une série de contes lointains portés par des accords fluides de guitare acoustique, de trompette bouchée ou de violoncelle, dans « Frelons d’Asie » ou « Long John ». Babel prend alors un tour différent, plus détaché et aérien, de façon légère sur « Chagrin violette » ou amusée dans « Camping à la ferme ». Cette dilatation du temps et des sens trouve son dernier accomplissement dans « Passions tristes », conclusion festive et libertaire d’un dyptique homogène et foisonnant. (Loïc Picaud – music-story.com)

Disponible à la médiathèque:
Babel / musique de et paroles de et interprété par Jean-Louis Murat ; interprété par The Delano orchestra. – France : Pias, 2014. – 48mn00s; 46mn00s ; 2CD . – Cote: 2.3 MUR

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