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Trente années d’une trajectoire exemplaire précèdent Les chansons de l’innocence retrouvée, album de la cinquantaine triomphante malgré les gros pépins (opération à risques d’une péritonite en août) et les traces laissées par la vie. De la légèreté des débuts aux déhanchements intimistes de L’invitation, son dernier album paru six ans auparavant, Étienne Daho a donné corps à une chanson française fantasmée, remuée par les mélodies Motown tambourinées et bercée par les cordes d’Abbey Road.Etienne-Daho les chansons de l'innoncence
C’est un peu de tous ces styles et ces facettes que procède le présent album-testament du survivant Daho dont l’écriture, souvent sombre, est réhaussée de nuées de cordes et d’un groove collant. La soul symphonique de Les torrents défendus (Nile Rodgers à la guitare) est l’illustration parfaite d’un recueil chanté à coeur ouvert où se noient choeurs, guitares, violons et piano. Si l’influence de David Bowie est patente dans Le baiser du destin, avançant tel Station to Station, il trace la ligne de chansons balançant entre la nostalgie et les narcotiques ou les souvenirs évanescents de L’homme qui marche. Dans le titre royal La peau dure, les plaies apparentes percent sous l’insouciante Épaule tattoo des jours heureux.
Entouré d’une équipe d’ingénieurs londoniens des studios RAK et Abbey Road, Richard Woodcraft en tête, du co-producteur Jean-Louis Piérot et de quelques talents hexagonaux, le parrain Daho distille ses sentiments de plénitude et ses angoisses à la manière d’Histoire de Melody Nelson. Dominé par les envolées lyriques tel Un nouveau printemps, l’ouvrage accueille avec raffinement blessures intimes, ruptures au miroir (Le malentendu), vignettes new-yorkaises (le duo L’étrangère cite Blondie et Basquiat) et liaisons dangereuses (C’est en allant trop loin qu’on avance un peu / C’est en plongeant trop bas que l’on s’élève un peu in Un bonheur dangereux). Apportée par Dominique A, la ballade dépouillée En surface et le sulfureux Onze mille vierges qui suit sont de fines bulles en regard du torrent symphonique qui précède.
Le morceau-titre, typique du style Daho, referme l’oeuvre sur une note légère. Toujours au-dessus de la mêlée, Monsieur pop de la chanson française est si pop que l’on peut se voir dedans et faire miroiter ses désirs. La réussite est totale.
(Loïc Picaud – music-story.com)


Disopnible à la médiathèque:
Les chansons de l’innocence retrouvée / paroles de et musique de et interprété par Étienne Daho; musique de Jean-Louis Piérot; avec la participation de Debbie Harry et Nile Rodgers. – France: Polydor, 2013. – 44mn27s. – Cote: 2.7 DAH

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