Le goût postmoderne
Roxana Bitoleanu

Faute d’une madeleine proustienne
Qui installe la durée du plaisir
Voilà une époque faustienne
Qui transforme le goût en désir.
*
Andreea Canamela

Dans un présent du fast-food envahissant
Où le faire-vite devient un peu trop encombrant
Que faire du goût et du plaisir de la bonne chère ?
Deviendraient-ils, hélas, des rêves ou des chimères ?
Ou bien, tout au contraire et bien souvent
Nous cachent-ils le mode de vie des temps d’antan ?
Serait-il, le bon goût, à la vie une barrière ?
Pourrait-il, un beau jour, abolir les frontières ?
C’est que le temps nous presse et, à l’instant,
Il fait de nous les âpres consommateurs du présent.
*
Vlad Creţu

Si, en suivant Platon, Aristote trouve les gourmands vicieux,
Si Dante bannit tous les gloutons aux Enfers – 3-e niveau,
Nous, postmodernes nourris de tout à la va vite,
Nous sommes devenus assez hétéroclites.
Que nous importe le goût, si le label est beau ?
Savourer un produit, c’est être assez sot !
Plus tu paies une marque, plus de valeur tu as.
Et parler du bon goût, c’est tomber bien trop bas.
*
Andreea Safta
Freud n’aime pas les épinards ! Et cela lui en coûte !
Car sa mère tient beaucoup à ce qu’il en goûte !
Mange pour me faire plaisir, car sinon, je te remplace !
Imaginons l’enfant craignant perdre sa place !
Peut-on vivre endetté auprès de nos parents ?
Peut-on encore manger avec une dette devant ?
Si le plaisir est mort et que la peur s’installe
La force du désir n’en est que trop banale.
*
Ana Oprea

Le goût, tient-il du beau ? Voltaire est convoqué!
Si c’est bon ce qu’on mange, est-il bon à penser ?
Voilà des questions assez claude – straussiennes !
Sont-elles pour autant un peu trop anciennes ?
Car Onfray nous le dit en moderne hédoniste :
Le nouvel ange gourmand a une raison moins triste
Ignorant l’eau bénite et préférant le vin
Redoutant plus l’encens, mais goûtant les parfums
Il nous propose toujours une éthique de l’autre soucieuse
En nous offre à l’autre une relation harmonieuse.
Publié par mediatecafranceza 


















Publié par mediatecafranceza 
Publié par mediatecafranceza
Né le 7 février 1975, Martin Page est un jeune auteur touche-à-tout. Il s’essaie à des études de droit, de psychologie, de philosophie, d’histoire de l’art, de sociologie, d’anthropologie et de linguistique. Il trouve encore le temps d’écrire puis de publier à 25 ans son premier roman, Comment je suis devenu stupide (Editions Le Dilettante, 2000.)
Dans son dernier roman, Martin Page nous raconte l’histoire de Virgile, un trentenaire parisien célibataire assez représentatif de sa génération. Il trouve en rentrant de chez lui après une journée de travail un message déroutant sur son répondeur : Clara lui annonce qu’elle le quitte. Virgile a l’habitude d’être quitté par les femmes, mais il n’a aucun souvenir de cette prétendue Clara. Il se demande alors s’il n’est pas malade ou amnésique, il se rend chez sa psychologue mais à défaut de trouver une réponse satisfaisante, il prend une décision inattendue : reconquérir cette femme qu’il ne connaît pas…
In romanul sau, Martin Page ne spune povestea lui Virgile, un parizian cam de 30 de ani, celibatar, reprezentativ pentru generatia sa. Intorcandu-se acasa, dupa o zi de munca, gaseste pe robotul telefonic un mesaj derutant: Clara il anunta ca il paraseste! Virgile e obisnuit sa-l paraseasca femeile, dar n-are nici cea mai vaga amintire despre numita Clara. Isi pune problema daca e bolnav sau amnezic, se duce la psiholog si, negasind niciun raspuns, se hotaraste brusc s-o recucereasca pe femeia pe care… n-o cunoaste!
Né à Tunis en 1947, Hubert Haddad à vécu enfant a Ménilmontant puis dans les banlieues populaires. Il fonde à vingt ans la revue de poésie le Point d’être dans les marges du surréalisme. Poète, romancier, nouvelliste, dramaturge ou essayiste, il explore toutes les voies de la littérature, de l’art et de l’imaginaire. Il anime également des ateliers d’écriture dans les écoles, les hôpitaux et les prisons. Parmi ses dernières parutions : Le Camp du bandit mauresque, récit d’enfance (Fayard, 2006), un essai encyclopédique sur l’art d’écrire et Palestine, roman qui a reçu le Prix des Cinq Continents de l’OIF et prix Louis Barthou 2008 de l’Académie française (Zulma, 2007).


